La politique de Twitter vis à vis des applications tierces

hashtag

Twitter revoit ses règles

Twitter a fondé son succès sur sa communauté de développeurs. Très tôt, l’exemple de Twitter s’est imposé comme une référence dans l’ouverture d’une API à des développeurs tiers pour venir enrichir un service de base qui proposait des fonctionnalités basiques. Cette politique s’ancrait autour de 3 objectifs :

  1. Enrichir l’expérience proposée à l’utilisateur : il faut bien se rappeler qu’à l’époque Twitter était loin d’être l’outil que vous avez sous les yeux aujourd’hui. Il n’y avait pas de "Tendances populaires", de fonctionnalités natives de Retweet, ni de moteur de recherche. Ces fonctionnalités qui semblent pourtant aujourd’hui essentielles à Twitter ont bien souvent été le fruit de développements réalisés par des éditeurs tiers. Ainsi, par exemple, le moteur de recherche de Twitter est hérité directement du rachat de la société Summize en 2008.

  2. Favoriser l’adoption de l’outil par la communauté via les développeurs : si on se replonge dans la genèse de Twitter, ce service n’est pas né d’un business plan mais d’une réorientation de la société d’Evan Williams, Odeo. En effet, Odeo était spécialisée dans une application de podcast, mais l’arrivée d’iTunes comme diffuseur de podcasts a ruiné leurs efforts. Pour autant la société avait des sous en banque puisque venait d’effectuer une levée de fonds. Jack Dorsey a alors été chargé de trouver une bonne idée et de là est né un principe de publication de Statuts à partager avec ses amis. En effet, il faut là encore se rappeler qu’à la base Twitter s’appelait Stat.us puis TwittR. S’appuyer sur une communauté de développeurs externes a donc permis dès le lancement de faire parler du service dans des communautés geeks identifiées.

  3. Cibler les développements prioritaires : la démarche de Twitter était totalement dans une vision de développement crowdsourcé. Faute de ressources disponibles, mais également de bonnes idées pour venir enrichir le service, Twitter a fait confiance à sa communauté de développeurs puis d’utilisateurs pour développer l’usage et les règles liés l’outil. Twitter est nativement un outil anarchique : les hashtags ne sont pas nés de l’imagination de Twitter tout comme la notion de Retweet mais bien des utilisateurs eux-mêmes. Dans une vision tchat, Twitter n’imaginait pas la pertinence d’un moteur de recherche. L’approche média qu’à aujourd’hui Twitter là encore n’est que le fruit de l’adoption du service qui est désormais devenu la source n°1 de veille et de diffusion d’une actualité.

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Diffusion de l’information sur les réseaux sociaux et les médias traditionnels

Le développement et le succès de Twitter sont très étroitement liés à son écosystème de développeurs. Lorsque Twitter annonce donc il y a quelques jours sa volonté de revoir sa politique avec les applications tierces, il est donc légitime de voir la communauté (en dehors de toute considération commerciale) se retourner contre son "géniteur" (Twitter changes provoke anger from developers). Ces changements portent principalement sur la limitation d’accès à l’API Twitter pour des applications tierces qui se retrouvent ainsi limitées en capacité à 100 000 utilisateurs. Cette limite malgré la volonté de Twitter d’expliquer qu’il s’agit d’apporter une plus grande rigueur et contrôle (dans une vision Apple de App’Store où les applications tierces doivent être validées au préalable) ne satisfait pas nombre d’applications dont leur succès dépendent de l’API.

Si je prends cet exemple d’Apple, c’est que, comme je le rappelais plus haut dans cet article, la genèse de Twitter est très liée au succès de Apple et iTunes. Un mal pour un bien finalement. Twitter, même s’il poursuit une forte croissance, se doit dès aujourd’hui de renforcer la monétisation de son service qui pour le moment peine encore à convaincre.

  • Les tweets sponsorisés malgré des fonctionnalités de ciblage affinées n’intéressent encore que peu d’annonceurs;

  • Le recours à des applications tierces comme Hootsuite limite d’autant la visibilité de tous les formats publicitaires nativement affichés sur Twitter.com. En rachetant il y a quelques mois, Tweetdeck, Twitter affichait clairement sa volonté de couper l’herbe sous le pied à d’autres solutions similaires. Il aura fallu attendre que quelques mois pour voir Seesmic renoncer et baisser les armes (Rachat de Tweetdeck par Twitter : la décapitation d’un écosystème).

En 2010, j’avais noté dans un article sur cette question de la monétisation (Quelle monétisation pour Twitter ?) que Twitter pourrait envisager de faire payer les applications tierces. Apple le fait bien en fixant les prix des applications et les règles liées, et en prenant sa commission au passage ; pourquoi Twitter n’en ferait pas de même ? Ces applications étant désormais dépendantes de Twitter, elles représenteraient une monétisation supplémentaire potentielle.

Si Twitter a eu fortement besoin d’un écosystème pour assurer son succès, c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. En dehors du besoin de Twitter de faire revenir les utilisateurs sur Twitter.com pour qu’ils puissent voir de la pub (ou qu’ils utilisent a minima Tweetdeck), Twitter doit rassurer des annonceurs. C’est dans cette optique qu’ont été lancées successivement un certain nombre d’initiatives :

  • Twitter Music : service de découverte de musique qui ouvre, sans nul doute, la porte chez Twitter à d’autres services de ce type autour du cinéma ou bien encore des séries TV (plus de détails dans : Twitter Music : pourquoi Twitter lance-t-il son service d’écoute et de découverte de musique ?).
  • Un outil statistiques intégré (disponible pour seulement une poignée d’annonceurs privilégiés à date) hérité là encore du rachat d’une société, en l’occurrence BackType.
  • Les pages dédiées aux entreprises pour leur offrir une intégration graphique plus poussée.
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Présentation de l’interface Twitter Analytics pour les entreprises

La volonté de Twitter est bien, l’instar des outils proposés par Facebook depuis ses pages, d’offrir un ensemble de services à des annonceurs allant demain de suivi statistiques poussées (je mets une pièce sur le fait que SocialBro peut être une cible que Twitter voudra racheter demain) à des fonctionnalités de filtrage, de mise en forme, de création de pages… Tous ces outils, Twitter veut les contrôler et ne plus voir des applications tierces lui piquer ce marché. La suite de l’histoire entre Twitter et sa communauté de développeurs risque bien d’être dans les prochains mois "Je t’aime, moi non plus".

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