L’avenir de la recherche sur Internet : Google vs Facebook vs Yahoo

On sait que depuis le lancement de Google+ en 2011 que les ambitions fondées par Google pour son réseau social sont fortes. On sait également que la stratégie de Google+ n’est pas à interpréter uniquement comme un réseau social où l’utilisateur va passer du temps et consommer les contenus partagés par ses amis classés dans des cercles ou via des pages ou des communautés : c’est d’abord une couche sociale qui permet à Google de personnaliser tous les autres services de son large écosystème digitale de la recherche à la vidéo en passant par Android. Dès 2011, je vous mettais en garde contre une interprétation du succès de Google+ sur uniquement une base comparative face à Facebook (Et si Google+ avait définitivement perdu la bataille du réseau social face à Facebook ?).

Google+ a une force face à ses soi-disants concurrents dans l’univers des réseaux sociaux : la dépendance forte de tout l’écosystème digital par rapport à son moteur de recherche qui demeure la principale porte d’entrée de nombre d’utilisateurs sur Internet, et notamment pour découvrir les marques. Google sait que son moteur de recherche est son service phare sur lequel Facebook souhaite l’attaquer. Il se doit donc de dégainer le plus vite en continuant la socialisation et la personnalisation des résultats de recherche.

Encore plus de Google+ dans le moteur de recherche

En mai dernier, Google+ avait déjà profité d’une refonte importante de son interface et communiqué pus ouvertement sur un ensemble de nouveautés déployées précédemment : Google Author Rank et le module Google+ Comments entre autres. J’avais eu l’occasion de revenir en détails sur ces nouveautés dans Le nouveau Google+ débarque : ce qu’il faut retenir.

Dernière nouveauté en date mais apparu très discrètement sur le moteur depuis quelques mois, les résultats de recherche privés :  vous seul pouvez voir certains résultats de recherche qui s’affichent sur la partie droite qui dépendent directement de vos interactions réalisées sur Google+ (ajout de personnes dans vos cercles, abonnement à des pages / communautés, partage d’information). Petit exemple avec mon associé, Stéphane Puchois. Vous voyez dans le visuel ci-dessous dans la partie droite un encart indiquant "Accès limité" et affichant certaines informations renseignées sur son profil Google+

google_resultats_prives

On sait que depuis déjà plusieurs mois, vous pouviez en tant que page ou personne relier votre profil Google+ avec vos productions de contenus, ce que Google appelle le Google Author Rank (pour les personnes) ou le Google Publisher Rank. D’un point de vue technique, l’Author Rank ou le Publisher Rank est déterminé par le calcul d’un ensemble de facteurs au degré d’importance varié que le célèbre moteur de recherche ne prend en compte que lorsque le profil de l’auteur du site concerné est validé via un programme spécifique : l’Authorship.

author_rank_google

Au travers de ces deux actions notables, on voit clairement l’emprise de plus en plus forte qu’à Google+ sur les résultats de recherche potentiels. Michelle Blanc, dans un excellent article (La mort du référencement), estime que l’un des principaux impacts de la place plus importante de Google+ dans le moteur de recherche Google est la montée en puissance nécessaire des pratiques de White Hat SEO. Vous savez qu’aujourd’hui optimiser son référencement naturel sur les moteurs de recherche passe par tout un tas de pratiques plus ou moins complexes… et plus ou moins ‘"autorisés" par Google (voir : Les 10 mauvaises pratiques du SEO sur Google) .

Le but non avoué de la place plus importante de Google+ dans Google est clairement de pouvoir lutter contre les mauvaises pratiques SEO au travers de démarches plus personnalisées… et donc potentiellement plus difficilement contrables. Le principe de Google est de privilégier les contenus les plus vrais, les plus pertinents. Malheureusement,

  • on sait que dans cette bataille le cavalier blanc Google a forcément tendance à privilégier ses les résultats de recherche redirigeant vers ses propres services. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’arrivée de Google sur la comparaison de certains services marchands (les assurances, les billets d’avion et même l’immobilier) : Les comparateurs made by Google : Google Flights, Google Insurance, Google Real Estate.

  • la bataille du Content marketing est coûteuse pour les entreprises et la tentation de production de contenus qui fera la buzz est forte. Aujourd’hui, certains sites comme BuzzFeed ou Melty sont passés spécialistes dans la création de contenus pour s’assurer d’être dans les premiers à parler de tel ou tel buzz. Plutôt que recherche le contenu le plus intéressant, le plus pertinent comme le ferait tout journaliste, ici il ne s’agit pas de journalisme mais bien de simple création de contenus où trouver l’article le plus buzzable est le nerf de la guerre. On s’en fout que l’information soit vraie ou bien  encore vérifiée, l’important c’est de faire partie des premiers à le diffuser. Résultats des articles sans saveur et sans goût qui se multiplient sur nombre de sites estimant être des sites média (dans le sens journalistique du terme) et qui touchent depuis longtemps la blogosphère également où le relais de contenus se fait au détriment de l’analyse et de la pertinence. Ce phénomène n’est pas nouveau et je l’avoue il fait partie de mes marronniers () tant ces pratiques ne peuvent à terme que nuisible au Web pris comme un média d’information.

Où en est Facebook Graph Search ?

Où en est Facebook Graph Search ?

Les résultats du Facebook Graph Search restent très mitigés et clairement un vaste chantier en construction sur lequel Facebook reste très discret. Si on regarde même de plus près les récents rachats de Facebook (WhatsApp, Oculus voire même Instagram), il semblerait que la recherche soit moins une priorité stratégique que ce qu’elle ne semblait l’être il y a encore quelques mois. Plus que la recherche, l’enjeu est celui de la recommandation et l’intégration bien évidemment du "social" dans cette recommandation. L’avortement de Twitter #Music (Pourquoi Twitter lance-t-il son service d’écoute et de partage de musique ?) lance le signal que l’usage des réseaux sociaux pour de la recommandation verticalisée à un domaine est encore un chantier en friche. Apple avait déjà dû tirer le même constat avec l’arrêt de son service Ping qui avait été lancé en 2010 (L’échec de Ping est confirmé).

Si l’on en croit les récents propos de Mark Zuckerberg, ce dernier semble repousser l’échéance fixée à Graph Search en expliquant qu’il s’agit d’un travail de longue haleine qui prendra au moins 5 ans (Facebook Graph Search is a 5 year thing). Les déclarations récentes tendraient néanmoins à prouver que les équipes travailleraient d’abord sur son intégration et son accès depuis mobile, notamment dans une logique où Facebook Home ne trouve pas son succès comme écran de démarrage de son smartphone (Facebook Home : l’écran (mobile) de fumée de Facebook ?) et que la recherche et recommandation est aussi sur mobile une porte d’entrée à des contenus ou des applications.

Et si Yahoo! revenait dans la danse de la recherche avec son Knowledge Graph et grâce à Apple ?

Il y a quelques jours dans un article dédié à Yahoo! (Yahoo! est-il remis sur de bons rails pour renouer avec le succès ?) j’évoquais leurs récents chantiers dans l’univers de la production de websérie. Yahoo! a bien d’autres ambitions on le sait et notamment depuis le rachat de TumblR. Le service au delà d’une plateforme de blogging est un formidable vivier de découvertes de contenus à l’instar de ce qu’est Pinterest dans l’univers visuel.

La recherche chez Yahoo!, même si depuis plusieurs années ne semblait pas être sur le haut de la pile des chantiers prioritaires, pourrait le redevenir. En tout cas, ce sont ce que certaines rumeurs nous apprendraient. Yahoo! pourrait remplacer Google comme moteur de recherche par défaut sur le navigateur Internet d’Apple sur mobile, Safari Mobile. Sauf que ce chantier pourrait se révéler coûteux pour Marissa Mayer, la DG de Yahoo! : Google aujourd’hui, même s’il est guerre ouverte avec Apple autour du mobile (rappelez-vous l’épisode du retrait de Google Maps des iPhone remplacé par une version de Maps made by Apple, loin de la qualité de ce qu’apportait Google), paye chaque année 1 milliard de $ à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut proposé.

Sauf que pour revenir par la grande porte, Yahoo! ne peut pas se contenter de proposer un service n’intégrant pas les attentes actuelles des internautes d’avoir plus d’information dès la page de résultat de recherche. Comme vous le verrez dans la vidéo ci-après, Yahoo n’hésite pas à s’inspirer de Google et de son Knowledge Graph pour proposer des résultats de recherche relativement proche de la firme de Mountain View dans la mise en forme.

Le visuel ci-dessous sur la recherche générique Apple est probablement encore plus parlant puisque vous voyez dans la partie droite plusieurs contenus contextualisés dont une partie "Top products" valorisant des produits de la marque vendus par des sites sélectionnés ainsi qu’une partie "You may also like" mettant en évidence ici des marques concurrentes.

yahoo-knowledge-graph

Recommandation sociale et recherche arriveront-ils à cohabiter efficacement chez Google et chez Facebook. Yahoo! peut-il redistribuer les cartes ? A suivre…

6 réflexions sur “L’avenir de la recherche sur Internet : Google vs Facebook vs Yahoo

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  5. Information très intéressante comme toujours. La guerre entre Facebook et google ne fait que commencer. Mais en terme marketing je trouve facebook assez novateur pour lancer une marque sur internet

  6. Bonjour Cédric, article très intéressant mais aujourd’hui, la prime est donnée au volume via le Buzz et pas du tout à l’information de qualité et fiable ! Que pensez-vous d’algorithmes qui vous donnerait en temps réel le degré de fiabilité de toute information (sur des critères 100% objectifs journalistiques, fact checking par exemple) ? Merci. Stan.

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